Ecrit par Lamiae Boumahrou I
L’exercice 2024 a déjà démarré et toujours pas de visibilité sur la réforme de la décompensation annoncée par le Chef du gouvernement. Une réforme qui risque non seulement de concerner les matières premières subventionnées (gaz, sucre et blé) mais également les autres produits et services utilisant ces matières. Les agriculteurs, industriels, restaurateurs, hôteliers…, vont-ils répercuter automatiquement les hausses des intrants sur le prix final ? Quel impact sur le panier des ménages ?
L’exercice 2024 a démarré sous des prémices inquiétantes en raison du retard des pluies. Le risque d’une année de sècheresse plane mettant sous pression le gouvernement et ses prévisions pour l’exercice. 2024 devrait pourtant marquer un avant et un après l’histoire du Maroc notamment sur le plan social. En effet, l’année a démarré avec l’octroi des premières aides directes à environ un million de familles soit l’équivalent de 3,5 millions de Marocains qui bénéficieront de la première tranche de ce soutien financier, dont la valeur ne sera pas inférieure à 500 dirhams par famille.
Mais au-delà de l’euphorie de l’aboutissement de ce chantier tant attendu, les réformes qui vont accompagner ce dispositif suscitent des inquiétudes. Parmi ces réformes, celle de la décompensation.
Bien que la Loi des finances 2024 soit adoptée à partir du 1er janvier, nous ignorons toujours les détails du chantier de la décompensation qui va démarrer en avril prochain selon les déclarations du Chef du gouvernement. A. Akhannouch s’est contenté d’annoncer que le prix de la bonbonne de gaz va augmenter de 10 DH à partir d’avril et ce pour 3 années consécutives.
Seule information chifrée disponible celle du budget de la compensation qui est passé de 25,9 Mds de DH dans la LF 2023 à 16,3 Mds de DH dans la LF 2024 soit une baisse de 36%. Cette dotation va baisser progressivement durant les 2 prochaines années, durée de la réforme.
Les fonds alloués à la compensation vont être redirigés vers l’aide sociale directe et ce dans le but de cibler l’aide aux plus démunis et pour plus de justice sociale.
Cette annonce, faite en octobre dernier, a soulevé plusieurs interrogations qui taraudent les esprits : quel sera l’impact de cette décompensation sur le pouvoir d’achat et sur le panier des ménages ? Quel sera l’impact sur tous les secteurs qui ont longtemps profité, injustement, du système de compensation ?
Référence faite aux secteurs agroalimentaires (biscuits, chocolats, confiseries, laitage…), secteurs agricoles, hôtelleries, restaurations…, qui depuis les années quarante ont bénéficié, au même titre que le citoyen lambda, de matières premières subventionnées.
La levée progressive de la subvention sur ces matières impliquera forcément la hausse du coût des intrants. Une hausse qui risque de se répercuter sur le prix des produits finaux et, par ricochet, sur le citoyen qui, une fois de plus, devra subir les conséquences des réformes.
Faut-il s’attendre à une hausse générale, bien que progressive, des prix des produits utilisant le sucre, le blé et le gaz dans leur fabrication? Cette hausse serait-elle pour autant justifiée ? L’aide sociale directe que le gouvernement a adopté pour palier à cette injustice sociale sera-t-elle insuffisante?
Des questions légitimes eu égard à la hausse des produits de base (sucre, gaz et blé) qui, associée à une hausse indirecte de tous les autres produits, risque de peser très lourd sur le panier des ménages.
Le gouvernement a-t-il pris en compte tous ces facteurs au moment de fixer les montants qui seront versés dans le cadre de cette aide ?
En l’absence de réponses claires à nos interrogations, nous n’avons qu’à prendre notre mal en patience et attendre de voir comment seront les répercussions de cette réforme non seulement sur les plus vulnérables mais aussi sur la classe moyenne.
Décompensation sucre et gaz : le risque de reproduction du scénario des hydrocarbures plane
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