Lors de la présentation du rapport annuel de la Cour des comptes devant le Parlement, Zineb El Adaoui, présidente de l’institution, a tiré la sonnette d’alarme sur plusieurs risques majeurs pesant sur les finances publiques, exigeant des réponses immédiates et stratégiques. Elle a pointé du doigt «les tensions croissantes sur les équilibres budgétaires», exacerbées par «une mise en œuvre ralentie de certaines réformes prioritaires.»
Parmi les préoccupations centrales, El Adaoui a souligné «l’urgence» de réformer en profondeur le système des retraites, évoquant un déficit technique préoccupant de 9,8 Mds de DH enregistré par la Caisse marocaine de retraite (CMR) à la fin de 2023.
Cette situation compromet les réserves de la caisse, qui s’élevaient à 65,8 Mds de DH à la même date et qui, selon les projections, risquent d’être totalement épuisées d’ici 2028. «Une réforme structurelle s’impose pour préserver la viabilité de ce régime et sa contribution aux finances publiques», a-t-elle affirmé.
El Adaoui a expliqué que la Cour des comptes a pris note de l’annonce récente du gouvernement de son intention de lancer la réforme de la retraire attendue au cours de ce mois.
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Dans un contexte marqué par des besoins croissants en investissements stratégiques, El Adaoui a estimé que 143 milliards de dirhams seraient nécessaires sur la période 2020-2027 pour répondre aux défis liés à l’épuisement financier. Ces ressources doivent être mobilisées pour des projets structurants capables de relancer l’économie et de réduire les pressions budgétaires.
L’une des thématiques phares abordées lors de cette séance est relative aux risques qui planent sur les finances publiques au Maroc.
En effet, la Cour des comptes relève certains risques qui doivent être traités à court et moyen terme, compte tenu des pressions croissantes sur les finances publiques et du rythme de mise en œuvre de certaines réformes programmées.
Ces risques posent de réels défis pour atteindre les objectifs visés au vu des effets négatifs persistants de la sécheresse sur le secteur agricole et sur le taux de croissance de l’économie nationale.
L’aggravation du problème du stress hydrique nécessite des investissements majeurs et urgents estimés à 143 Mds de DH, pour la période 2020-2027, dans le cadre du programme national d’approvisionnement en eau potable et en eau d’irrigation, soutient Zineb El Adaoui.
Aussi, la réhabilitation générale de la région d’Al Haouz suite au séisme de septembre 2023 nécessite-t-elle également des moyens financiers importants.
Pour financer le programmes de reconstruction et venir en aide aux personnes sinistrées, les dépenses dans ce domaine ont dépassé 9,5 milliards de dirhams à fin octobre 2024.
Par ailleurs, la mise en œuvre des grandes réformes lancées par le Maroc se poursuit, notamment la réforme du système de protection sociale, qui devrait coûter, selon les dernières estimations du ministère de l’Économie et des Finances, 53,5 Mds de DH lorsque tous les mécanismes de protection sociale seront activés en 2026, dont 38,5 Mds de DH seront financés par le budget de l’État.
Sur un autre plan, le Maroc se prépare à accueillir la Coupe d’Afrique des Nations 2025 et la Coupe du Monde de la FIFA 2030, coorganisée avec l’Espagne et le Portugal, ce qui nécessite la mobilisation de ressources financières importantes pour financer des investissements majeurs visant à réhabiliter les infrastructures sportives, touristiques et de communication et le transport, poursuit El Adaoui.
Compte tenu de l’évolution des dépenses d’investissement réalisées dans le cadre du budget général de l’État, qui sont passées de 52,3 Mds de DH en 2015 à 119,2 Mds de DH en 2023, il est nécessaire de maintenir l’effort d’investissement public et de s’efforcer de lui permettre de jouer le rôle d’un levier pour l’investissement privé en développant les mécanismes nécessaires pour assurer l’emploi optimal pour les investissements publics, et grâce à la rationalisation des dépenses fixer des priorités et recourir à des partenariats avec le secteur privé, assure-t-elle devant les 2 chambres.
Elle rappelle que l’évolution des indicateurs de finances publiques montre la nécessité de continuer à contrôler la trajectoire des deux principaux indicateurs, à savoir le déficit budgétaire à moins de 3% d’ici fin 2026 et le niveau de la dette à 66,3% du PIB en 2027, afin de les réduire, pour atteindre les objectifs et les résultats spécifiés dans la programmation budgétaire pour les trois ans et approuvés dans la loi de finances pour l’année 2025.
Ces deux indicateurs constituent un point d’entrée de base pour l’amélioration de la performance des finances publiques. Elles sont liées notamment à la performance de l’économie nationale et à son impact sur la durabilité du taux de croissance et la hausse du produit intérieur brut.
Les matières premières et leur impact sur les recettes de l’État. Dans le cadre de la mobilisation des ressources, les réformes en cours dans le secteur fiscal, dans les entreprises publiques et dans le secteur des marchés publics, ainsi que dans le système d’investissement devraient également contribuer à alléger la pression sur les finances publiques, soutient El Adaoui.
Cela est dû aux ressources publiques supplémentaires que ces réformes peuvent apporter, d’une part, et à la réduction des transferts du budget de l’État aux établissements publics, qui ont dépassé 65 Mds de DH en 2023, par rapport aux recettes et contributions au budget de l’État qui n’a pas dépassé 16,8 Mds de DH, pour la même période de la même année.
Zineb El Adaoui a également soutenuque parmi les objectifs recherchés par la réforme du système d’investissement figure l’augmentation du pourcentage de contribution de l’investissement privé, qui devrait refléter le dynamisme dont témoigne l’investissement public et ainsi alléger les pressions sur les finances publiques, en plus des rendements qu’il peut fournir.
Si ces réformes sont susceptibles de dégager des marges significatives pour répondre aux besoins de financement, il est alors primordial de continuer à accélérer leur mise en œuvre afin d’éviter tout retard dans leur achèvement et d’assurer la mobilisation des ressources nécessaires dans un horizon qui est cohérente avec le calendrier d’émergence et de maîtrise des besoins, et d’établir des sources stables de financement tout en continuant à innover en la matière pour alléger la pression sur les finances publiques, prône El Adaoui.
En perspective de la co-organisation par le Maroc, l’Espagne et le Portugal de la Coupe du monde 2030, Mme El Adaoui a insisté sur l’impératif de renforcer les infrastructures nationales, qu’elles soient sportives, de transport ou de communication. Elle a plaidé pour une gestion optimisée des investissements publics, lesquels doivent devenir des leviers effectifs d’attractivité pour les capitaux privés, tout en garantissant une rentabilité à la hauteur des ressources mobilisées.
En conclusion, le numéro 1 de la Cour des comptes a exhorté les autorités à maintenir un haut niveau de vigilance face aux défis financiers qui se profilent, tout en accélérant les réformes structurelles. Elle a mis en avant la nécessité de transformer les investissements publics en moteurs de croissance durable, insistant sur la rigueur dans la planification et la priorisation des projets pour garantir un développement inclusif et équilibré.
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