La visite d’Etat de Donald Trump en Chine du 14 au 15 Mai 2026 s’est déroulée dans un contexte particulièrement tendu : guerre commerciale sino-américaine, conflit Etats-Unis/Iran, problème de Taïwan, rivalité technologique autour des semi-conducteurs et de l’intelligence artificielle. La priorité des deux capitales était surtout d’éviter une aggravation des tensions. Pékin a réservé à Trump un accueil exceptionnel : cérémonies militaires, banquet d’Etat, visite du Temple du ciel et de la « nouvelle Cité interdite ».
Rappelons qu’en Avril 2025, Donald Trump avait fortement augmenté les droits de douane contre la Chine avec des tarifs qui avaient atteint jusqu’à 145% pour certains produits chinois. La Chine avait riposté avec des droits atteignant 125% sur les produits américains. Le 12 Mai 2025 Washington et Pékin ont conclu une désescalade où les droits américains ont été abaissés à 30%, et les droits chinois réduits à 10%. Les deux pays ont confirmé la poursuite de la trêve commerciale, et les discussions ont porté sur l’accès des entreprises américaines au marché chinois, les restrictions sur les semi-conducteurs, les terres rares chinoises, et la propriété intellectuelle. Mais aucun accord global majeur n’a été signé malgré la présence des grands patrons américains. Seuls une promesse d’achat par la Chine de 200 avions Boeing, de pétrole et de produits agricoles américains a été donnée.
Concernant la guerre Etats-Unis/Iran, Donald Trump a demandé à Xi Jinping de faire pression sur l’Iran pour l’ouverture du détroit d’Ormuz, vu que 80% à 90% des exportations de pétrole de l’Iran sont destinés à la Chine. Il lui a aussi demandé d’empêcher l’Iran d’obtenir l’arme nucléaire, de limiter son soutien à l’Iran et d’éviter les livraisons d’armes. Mais c’est le problème de Taïwan qui a été privilégié par Xi Jinping. Dès le premier jour de la visite le 14 Mai 2026, le président chinois a déclaré « Si la question de Taïwan est mal traitée, les deux pays se heurteront voire entreront en conflit ».
En effet, la Chine considère Taïwan comme l’une de ses provinces et veut l’intégrer à son territoire. De son côté, les Etats-Unis ont toujours soutenu Taïwan pour le maintien du statu quo : pas d’intégration à la Chine, et pas d’indépendance. D’ailleurs, Donald Trump a mis en garde Taïwan contre toute proclamation d’indépendance susceptible de déclencher une guerre avec Pékin. De plus, il n’a pas encore donné son accord aux ventes d’armes américaines à Taïwan autorisées par le Congrès américain de 11 milliards de dollars en Décembre 2025 et 14 milliards de dollars en Janvier 2026.
Le bilan géopolitique général de la visite de Donald Trump en Chine peut être résumé comme suit. Trump a obtenu la reprise du dialogue direct avec Xi Jinping, l’apaisement temporaire des tensions, les annonces commerciales favorables politiquement, et le maintien d’un canal de communication sur l’Iran. Ce que Trump n’a pas obtenu est le règlement commercial global, le recul chinois sur Taïwan, la pression chinoise significative sur l’Iran, l’accord sur l’intelligence artificielle et les technologies, la réouverture garantie du détroit d’Ormuz. Quant à la Chine, elle a obtenu une image de puissance stable et incontournable, l’allègement partiel de la pression diplomatique américaine, et le maintien de ses positions stratégiques sans concessions majeures.
En conclusion, le Sommet Trump Xi Jinping de Mai 2026 a surtout servi à éviter une nouvelle détérioration brutale des relations sino-américaines et à afficher une stabilité diplomatique dans une contexte mondial tendu. Mais il n’a produit ni grand accord commercial, ni avancée stratégique majeure, ni véritable règlement des grands différends entre les deux puissances.
Les relations Etats-Unis/Chine restent donc marquées par une rivalité stratégique durable, une interdépendance économique importante, et une coopération limitée sur certaines crises internationales. Donald Trump a invité le président Xi Jinping à la Maison Blanche le 24 Septembre 2026. Ce sera l’occasion de faire un nouveau diagnostic des relations entre les deux pays.
Ecrit par Jawad KERDOUDI
Président de l’IMRI
(Institut Marocain des Relations Internationales)



