Ecrit par Soubha Es-Siari I
Les dernières évaluations de l’économie marocaine que ce soit celle de l’Agence de notation S&P ou le rapport « Business Ready » de la Banque Mondiale qui remplace le Doing business apportent du baume au cœur à tout un chacun sur les réalisations enregistrées par le Maroc au cours des deux dernières décennies. Faut-il néanmoins s’en réjouir pour autant ?
L’agence de notation S&P Global Ratings a maintenu à « Positive » la « Perspective » des notes « BB+/B » de la dette à long terme et à court terme en devises et en monnaie locale du Maroc. A noter que le rating au-delà de la notation offre plusieurs avantages significatifs sur le plan économique et financier. Ces avantages facilitent l’accès à des capitaux internationaux à des conditions plus favorables, en renforçant la confiance des investisseurs. Ce qui peut catalyser une progression accélérée de croissance et de développement.
Dans un contexte marqué par une raréfaction des ressources financières et une croissance ascendante du service de la dette, l’un des principaux points positifs de l’amélioration du rating est la réduction du coût d’emprunt permettant d’émettre des obligations souveraines à des taux d’intérêt inférieurs, réduisant ainsi le fardeau financier associé au service de la dette. Ajoutons à cela qu’une note bonifiée améliore l’attractivité de l’investissement indiquant au passage que le pays possède un environnement économique stable et un risque réduit de défaut de paiement.
Ceci étant, bien que l’amélioration du rating présente plusieurs avantages, elle s’accompagne, néanmoins, de risques non négligeables, qui doivent être soigneusement gérés pour éviter des conséquences économiques et financières inopportunes. Un des risques et pas des moindres associés à un meilleur rating est l’augmentation potentielle de l’endettement.
Le gouvernement ou les entreprises peuvent être tentés de financer des projets à grande échelle ou des dépenses courantes par des emprunts sous-estimant les conséquences fâcheuses en cas de détérioration des conditions. Aujourd’hui, dans un contexte marqué par une succession de crises, on ne peut reléguer au second rang l’impact des évolutions géopolitiques et économiques mondiales.
Les chocs externes, tels que les crises financières internationales, les conflits géopolitiques, ou les pandémies, peuvent rapidement altérer la perception des menaces et influencer négativement le rating. Il est donc, de rigueur de renforcer sa résilience économique en maintenant des réserves adéquates et en diversifiant ses partenaires commerciaux pour se prémunir contre ces aléas.
S’agissant du rapport « Business Ready », dernier rapport de la banque mondiale, ce dernier a mis en avant les points forts de l’environnement des affaires au Maroc. Les trois secteurs principaux évalués déterminant le climat des affaires pour les investisseurs privés, à savoir le cadre réglementaire, le service public, et l’efficacité opérationnelle sont scrutés par l’Institution de Bretton Woods.
Il ressort du présent rapport que dans la première catégorie, Cadre réglementaire, “le score moyen du troisième quintile (groupe de pays) est de 66,65 points, le Maroc s’assurant le score le plus élevé de 68,92 points”.
Dans la deuxième catégorie, service public, le Maroc enregistre un score de 58.66, et de 59.66 dans la catégorie de l’efficacité opérationnelle, se maintenant ainsi parmi les meilleures économies dans l’encouragement du climat des affaires propices aux investissements privés. Des scores qui au demeurant qualifient le Maroc de bon élève.
Toutefois en matière de croissance et de développement, qui in fine, sont les principaux objectifs de toute politique économique, on note une croissance oscillant bon an mal an autour de 3,8%. Ce taux de croissance atteste que le rythme emprunté dans l’accumulation des richesses demeure insuffisant au regard des seuils de pauvreté qui affectent la population. Or, l’objectif escompté de décollage économique au cours de la prochaine décennie 2025-2035 passe par l’accès à des paliers supérieurs de croissance. Autrement dit, le Maroc est appelé à accéder à des paliers supérieurs de croissance, passage obligé à une véritable émergence à l’horizon 2035 pour espérer améliorer son ranking sur le baromètre international du développement humain.
Bref, au-delà des notations ou des évaluations, face aux incertitudes mondiales, le Maroc doit renforcer sa capacité à gérer les aléas. Cela implique la mise en place de réserves financières adaptées, le développement de répliques rapides aux crises et une insertion accrue dans l’économie mondiale, permettant de mieux répondre aux dérèglements externes.
Cela équivaut à tracer la voie pour promouvoir une croissance inclusive bénéficiant à toutes les couches de la société et à même de contribuer à une remise explicite des disparités sociales et économiques.

